Les fouilles.

1903.

A toute époque de nombreux vestiges furent récupérés sur le sol de l'abbaye. En 1900, le chanoine Pottier, Président de la Société Archéologique de Tarn-et-Garonne, présenta au cours d'une séance, des carreaux de terre cuite vernissée du XIIIème siècle, ramenés par les labours sur l'emplacement de l'église de Grandselve, et fit remarquer que des fouilles pourraient être fructueuses.

Le chanoine Pottier donna suite à ce projet puisqu'en 1903, il entreprit de fouiller lui-même le site de l'abbaye. Il n'y trouva que quelques carrelages, quelques fûts de colonnes, et une brique portant une inscription dont le contenu n'a pas été publié.

1969-1974.

Il fallut attendre août 1969 pour que Grandselve refasse parler d'elle. C'est en effet à cette époque que le propriétaire des lieux découvrit une portion de carrelage en place en creusant avec un bulldozer.

Poursuivie de 1970 à 1974, la fouille permit de dégager une assez vaste surface de pavement, de l'attribuer au sanctuaire de l'église; de repérer le chevet plat de l'édifice; de retrouver de nombreux éléments architecturaux (clef de voûte, chapiteaux, vitraux, rose rayonnante); mais aussi de mettre en évidence la très forte récupération des matériaux.

1990-1991.

L'étude du sanctuaire ne fut poursuivie qu'en 1990 par la fouille du croisillon sud du transept où l'âme d'un pilier fut mise en évidence. De nombreux carreaux sont toujours en place.

2007-2008.

Le rachat du site abbatial en 2005 par la Communauté de Communes Pays de Garonne et Gascogne, fut le point de départ de trouvailles inespérées.

La prospection géophysique du site en 2007, suivie en 2008 de dix sondages archéologiques permirent : de préciser l'implantation et les dimensions des principaux bâtiments (église, cloître, salle capitulaire, sacristie, hôtellerie, collecteur des eaux usées), de vérifier la bonne conservation des tranchées de fondation, des détails architecturaux (contreforts, pilastres,...) et des niveaux de circulation, de découvrir de nombreux éléments lapidaires (clef de vôute, fragment de rosace, chapiteau, fenêtre à meneaux) permettant une documentation et une reconstitution fiable des élévations évanouies.

Les carrelages.

Histoire.

En 1969 l'ancien propriétaire des lieux découvrit une portion de carrelage en place en creusant une tranchée avec un bulldozer. Aidé par une équipe de lycéens, il poursuivit ces travaux de dégagement jusqu'en 1971.

Posés sur le premier dallage de grosses briques et rangés en lignes obliques, ces carrelages de 3 cm d'épaisseur et de 12 cm de coté s'organisaient selon des bandes parallèles orientées est-ouest. Des demi-carreaux permettaient un raccord parfait avec des lignes parallèles de briquettes de 12 cm de large et 18 cm de long posées bout à bout qui limitaient les bandes.

Technique de fabrication.

La technique de production utilisée est celle que l'on retrouve habituellement pour la fabrication de carreaux de terre cuite vernissée. Ils sont obtenus par estampage, incrustation et pose d'une glaçure. L'artisan imprimait en creux sur de la terre humide le motif qui devait orner le carreau. La partie creusée était remplie d'argile blanche pâteuse. Après séchage, le carreau recevait la glaçure que la cuisson rendait vitrifiable, lui donnant tout son éclat sans en altérer sa couleur.

Types et couleurs.

Les coloris retrouvés à Grandselve sont bruns, rouges, noirs avec un motif clair, parfois du jaune et plus rarement du vert. A l'heure actuelle il est reconnu :

  • 18 types de carreaux bicolores;
  • 3 carreaux unis : noir, blanc, rouge;
  • 4 carreaux rectangulaires;
  • 2 triangulaires;
  • 2 exceptions.

Motifs rencontrés.

Fabriqués sur place vers 1280 par un atelier itinérant, les motifs rencontrés sont variés : fleurs de lis, rosaces, feuilles de chênes stylisées, imbrication de carrés, cercles concentriques, losanges incurvés avec des fleurs de lis, fleur étalée avec ses étamines, croix de Languedoc, bouquet de palmettes, ...

La sculpture.

Les chapiteaux des cloîtres.

Les cinquante chapiteaux attribuables aux cloîtres de Grandselve peuvent être classés en trois ensembles cohérents.

Une première série présente des corbeilles assez trapues, un large tailloir, des astragales en boudin très épais et accueillaient de fortes colonnettes de marbre de 16 cm de diamètre.

La deuxième série présente des corbeilles très élancées aux décors approchant une végétation au naturel, et affirmant leur goût pour les crochets gothiques. Leur tailloir est un simple bandeau lisse et très étroit. Leurs astragales sont minces et moulurés en amande et accueillaient de fines colonnettes de marbre de 12.5cm de diamètre. Ces deux séries sont datables du XIIIème siècle.

La dernière série en pierre calcaire, se caractérise par des dimensions rigoureusement identiques et par un décor d'une grande simplicité, réduit à très peu de choses, voire à rien du tout. D'un esprit très cistercien, que l'on retrouve à Sénanque, ces chapiteaux surmontaient des colonnettes de 12,5cm de diamètre et peuvent appartenir à la fin du XIIème comme au XIIIème siècle.

Les autres chapiteaux.

Un chapiteau monumental fut découvert en 1974 sur l'emplacement du bras sud du transept de l'église abbatiale d'où il pourrait provenir. Sa corbeille est divisée en trois étages de feuilles dentelées. Deux pommes de pin occupent ses angles. Cette pièce de conception romane peut appartenir à la deuxième moitié du XIIème siècle. Quatre autres chapiteaux similaires sont connus.

Le beau chapiteau engagé est quant à lui, décoré par d’énormes feuilles composées venant s’épanouir dans les angles. Son tailloir est mouluré d’un gros tore disposé entre deux petites gorges. Il peut être daté d’un XIIIème siècle déjà avancé.

Les autres sculptures.

La clef de vôute fut trouvée en 1974. Cette pièce de la fin du XIIème ou de la première moitié du XIIIème siècle correspond à une croisée d’ogives. Ses quatre branches sont moulurées d’un tore épais pris entre deux autres plus minces. Un motif géométrique inscrit dans un cercle orne son centre. Les statues de la Vierge, de Sainte Anne et de Sainte Madeleine sont les derniers vestiges du retable dit du Groupe de l’Assomption de la Vierge. Ce retable en stuc ornait le sanctuaire de l'église abbatiale. Commandé en 1674, il est l'oeuvre de Gaillard Bor et de son atelier.